• Article de Psychologie Magazine - Mai 2015

    Il y a quelques semaines, une dame me dit qu’elle est à la recherche d’un spécialiste de la médecine des émotions. Deux jours plus tard, j’entends un psychiatre parler de la nécessité de bien gérer les émotions. Et, ce matin, je lis un article sur les nouvelles thérapies des émotions. Mais d’où vient cette idée qu’il faut soigner les émotions ? Éprouver des émotions serait-il le signe d’une pathologie ? « Gérer », « traiter », « guérir » sont-ils des mots appropriés pour parler de la bonne attitude à adopter face à nos émotions ? Je pense que non.

    Le concept d’une « médecine des émotions » me paraît révéler une profonde méconnaissance à propos de ce qu’elles sont et, surtout, de ce que nous pouvons en faire. Il faut dire que nous sommes les héritiers d’une culture qui a longtemps diabolisé les phénomènes émotionnels, considérant que ceux-ci perturbaient la sacro-sainte rationalité. Des générations avant nous ont tenté de les maîtriser, de les refouler, voire de les nier. Puis des chercheurs comme Antonio Damasio ont montré que, sans elles, il ne pouvait pas y avoir de véritable rationalité. Car nos émotions sont de l’information ; elles nous renseignent sur la qualité de nos expériences. Elles sont agréables (joie, enthousiasme) quand ce que nous percevons ou ce que nous pensons est bon pour nous. Elles sont désagréables (peur, colère, tristesse) dans le cas contraire. Chacune de nos perceptions génère une émotion qui devient un sentiment qui alimente nos pensées. Et, en retour, chacune de nos pensées génère une émotion qui se manifeste dans notre corps et donne lieu à une perception.

     

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    Article de Psychologie Magazine - Avril 2015

    atteinte d’un cancer du sein. Malgré les meilleurs traitements, la maladie s’est étendue aux os et aux poumons. Dès lors, Florence se soumet régulièrement à des tests sanguins et à des examens radiologiques qui permettent de suivre l’évolution des métastases et,  dans la foulée, d’adapter les traitements destinés à ralentir leur progression.

    Un jour, elle m’appelle, très angoissée. « Ces tests et ces traitements ont certainement contribué à me maintenir en vie, me dit-elle. Pourtant, je voudrais arrêter de me faire suivre de façon aussi régulière car, chaque fois que la date des examens médicaux approche, je vis un enfer. Et l’attente des résultats est encore pire. J’ai alors l’impression que la vie me quitte, je ressens un grand vide dans mon corps ; la joie et l’enthousiasme qui m’aident à tenir le coup disparaissent ; je rumine des idées noires, j’imagine le pire et j’ai très peur. Je suis convaincue que tout ce stress n’est pas bon pour ma santé ! » En écoutant le désarroi de Florence, je me rappelle celui que j’ai éprouvé, il y a une quinzaine d’années, pendant que j’atten dais le résultat d’un test de dépistage du VIH. J’avais alors été stupéfait de constater comment, en quelques heures, parce que je m’étais imaginé que ce test serait positif, j’étais passé d’un état de pleine forme physique et psychique à un état d’anxiété extrême, puis de dépression. J’avais, moi aussi, eu l’impression que la vie me quittait.

     

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    Article de Psychologie Magazine - Mars 2015

    L’information n’est pas passée inaperçue dans la presse internationale : au mois de novembre dernier, le nouveau Premier ministre indien, Narendra Modi, a annoncé la création d’un ministère consacré aux médecines et pratiques traditionnelles telles que l’ayurvéda, le yoga, l’unani, le siddha et l’homéopathie. Certains journalistes occidentaux y ont vu une tentative des nationalistes hindous – dont fait partie Modi – de favoriser la culture dominante face à la minorité musulmane. D’autres ont suspecté une volonté de prosélytisme de la part d’un Premier ministre fervent pratiquant du yoga. Il est vrai que, deux mois auparavant, l’homme avait demandé à l’ONU d’envisager l’instauration d’une journée mondiale du yoga. Une proposition qui, entre-temps, a reçu le soutien de l’Union européenne par la voix de son président. Toutefois, il me semble que parler de favoritisme, de volonté d’hégémonie ou de prosélytisme ne rend pas objectivement compte de la situation.


    En effet, s’il est vrai que le yoga et la médecine ayurvédique sont très liés à la religion hindouiste, dont se réclament 80 % des Indiens, ce n’est absolument pas le cas des autres médecines incluses dans le nouveau ministère. L’unani est une médecine préventive et curative très populaire, héritée de la Grèce antique, développée par les Arabes et importée en Inde par les Perses. Le siddha est une médecine plusieurs fois millénaire apparue bien avant l’hindouisme et toujours pratiquée, notamment dans l’État du Tamil Nadu.

     

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    Article de Psychologie Magazine - Février 2015

    Consternation, incrédulité, colère, peur, dégoût, tristesse. Envie de vomir, de pleurer, de fuir. Envie de tuer. Voilà les états d’âme et d’esprit par lesquels, comme beaucoup sans doute, je suis passé, en apprenant la barbarie qui s’est produite le 7 janvier, à Paris. Et puis je me suis demandé comment de jeunes hommes éduqués au sein d’une nation civilisée comme la France avaient pu en arriver à cette horreur. Comment des enfants qui ont grandi dans un pays de liberté avaient pu commettre une telle atrocité et détruire les fondements mêmes de ce qui leur avait permis d’exister. Bien sûr, les intégristes de tous bords sont capables des pires endoctrinements. Bien sûr, la haine qu’ils encouragent plonge ses racines dans la vase de certaines humiliations du passé. Bien sûr, on peut expliquer la violence qu’ils propagent comme une réponse à des injustices réelles ou fantasmées. Mais cela n’explique pas tout. Les causes de la détestation d’autrui sont multiples. Pourtant, elles ont un antidote simple et universel : l’amour. L’Amour avec un A majuscule : l’acceptation inconditionnelle de soi et des autres.

    Pour être capable d’un tel amour, il faut se connaître de l’intérieur, puis s’ouvrir aux autres, découvrir que l’on n’est pas fondamentalement différent d’eux ; et prendre conscience que l’on a tous les mêmes besoins essentiels d’être aimés, de se sentir en sécurité et de vivre apaisés. Cela suppose de ne pas tomber dans le piège des théories que l’on invente pour justifier le désir de se démarquer, de tirer un avantage et de dominer. Nous devrions nous méfier de nos théories.

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    Article de Psychologie Magazine - Janvier 2015

    Camille a 17 ans. Depuis deux semaines, elle n’arrête pas de pleurer. Elle ne parvient plus à dormir. Elle est incapable d’étudier. À plusieurs reprises, elle s’est évanouie, faisant ce que l’on appelle une syncope vagale. Ses parents – des amis – ne savent pas comment réagir face à la détresse de leur fille. Ils précisent lui avoir dit qu’elle devait se détendre. « Sois zen, ma chérie ! » Je leur propose de rencontrer Camille. Un rendez-vous est pris dans un bar où la jeune fille a ses habitudes. « Plus mes parents me disent de me détendre, plus je suis angoissée car je n’y parviens pas », m’expliquet‑elle. De retour chez moi, j’appelle mes amis.

    Ceux-ci m’affirment qu’ils n’ont aucunement l’intention de mettre la pression sur leur fille : « Nous l’avons toujours laissée faire ce qu’elle voulait ! » Ce que Camille veut, c’est être la meilleure, réussir brillamment son bac et passer le concours d’entrée d’une grande école. Elle est prête à tous les sacrifices pour parvenir à obtenir, un jour, un haut poste dans la fonction publique ou la finance.

    En écoutant Camille me raconter son plan de vie, j’ai l’impression d’entendre parler ses parents. Cette façon de valoriser la performance intellectuelle. Cette conviction que le bonheur passe par la reconnaissance sociale. Cette fascination pour la réussite matérielle. Tout y est. Camille me paraît parfaitement endoctrinée. Pourtant, enfant, elle passait son temps à dessiner et à danser. J’imaginais alors qu’elle choisirait une voie artistique. « Je ne danse plus, je ne dessine plus. Je n’ai plus de temps pour cela », constate-t-elle.

     

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    Article de Psychologie Magazine - Décembre 2014

    Depuis quelques semaines, une pétition circule sur Internet afin de s’opposer au projet de rendre obligatoire le vaccin contre le papillomavirus (HPV) pour toutes les filles et tous les garçons, dès l’âge de 9 ans1. De nombreuses mères de famille s’interrogent. Doivent-elles faire vacciner leurs enfants ? Devraient-elles l’envisager pour elles-mêmes ? Les partisans de la vaccination anti-HPV pour tous les enfants avant la puberté insistent sur le fait que le virus est sexuellement transmissible, qu’il infecte plus de 80 % des femmes et que sa responsabilité est démontrée dans l’apparition du cancer du col de l’utérus – environ trois mille nouveaux cas et mille décès par an, en France. Ils diffusent des messages de sensibilisation qui laissent croire que la vaccination assure une protection totale contre le virus, donc contre le cancer. Et ils recommandent de vacciner les filles et les garçons avant tout rapport sexuel, car le vaccin ne protégerait plus aussi bien contre la maladie une fois l’infection installée.

    Les adversaires de la vaccination obligatoire réfutent cette argumentation en rappelant que 90 % des femmes infectées par le HPV guérissent spontanément et que, parmi les 10 % chez lesquelles l’infection perdure, les lésions précancéreuses qui peuvent apparaître au niveau du col utérin régressent de façon spontanée dans 30 à 60 % des cas. Ils rappellent également que les lésions persistantes peuvent être détectées par un frottis vaginal qu’il est recommandé d’effectuer au moins une fois tous les deux ans, que ce dépistage permet un traitement précoce des lésions et une prévention efficace du cancer,...

     

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    Article de Psychologie Magazine - Novembre 2014

    Le 28 juin dernier, vingt-sept ans après avoir obtenu mon diplôme de médecin, j’étais invité par le doyen de la faculté de médecine de l’université de Louvain, où j’ai fait mes études, à prendre la parole devant les trois cents diplômés de l’année 2014, leurs familles et l’ensemble de leurs professeurs. C’était merveilleux de contempler mes jeunes confrères, les yeux brillants de joie et de fierté.

    Je leur ai dit que le métier qu’ils ont choisi constitue une fonction sacrée dans le sens où il touche à la vie dans ce qu’elle a de plus sensible, de plus vrai, de plus cru et, souvent, de plus cruel ; qu’approcher autrui dans l’intimité de ses doutes, de ses angoisses et de sa souffrance est un privilège ; que cela demande beaucoup d’empathie et d’humilité ; qu’il faut apprivoiser ses propres peurs de la maladie et de la mort, pour ne pas tomber dans le piège de la volonté de toute-puissance ; que l’on ne soigne pas des maladies mais des malades – des êtres multidimensionnels qui perçoivent des sensations, éprouvent des émotions, ont des pensées, des espoirs et des convictions ; que notre compréhension scientifique de la réalité privilégie l’identification des détails au détriment d’une vision de la globalité ; que cela nous fait ignorer la complexité des liens qui existent entre les différents éléments de notre analyse ; que le peu d’importance accordée à ces liens est à l’origine des grandes crises qui se profilent à l’horizon de notre civilisation ;



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    Article de Psychologie Magazine - Octobre 2014

    Il y a quelques années, l’une de mes amies, brillante avocate d’affaires, a fait ce que l’on appelle un burn-out. À l’époque, elle élevait seule ses deux enfants en culpabilisant de ne pas avoir suffisamment de temps à leur consacrer. Elle travaillait quinze heures par jour dans un cabinet juridique, où elle passait son temps à jouer des coudes pour gravir les échelons de la hiérarchie tout en se pliant à des règles de fonctionnement qui allaient à l’encontre de ses valeurs profondes. Elle a fini par craquer. Épuisée, découragée, accablée par un douloureux sentiment d’impuissance, elle ne voyait plus de sens à ce qu’elle faisait. Elle était désespérée. Après une brève hospitalisation, elle a entrepris une psychothérapie. Progressivement, elle a compris à quel point elle avait vécu à la superficie d’elle-même, déconnectée de ce qui lui était essentiel, aveuglée par ses croyances, dirigée par ses conditionnements, obnubilée par son exigence de performance, assoiffée de reconnaissance.

    Elle s’est rendu compte de son incapacité à écouter l’inconfort émotionnel et les tensions corporelles qui l’alertaient de sa déconnexion. Elle a donc décidé de se faire masser le corps pour développer plus de sensibilité. Elle s’est mise à pratiquer le yoga pour apprendre à respirer de façon consciente. Et, tous les matins, elle s’est efforcée de consacrer un peu de temps à la méditation. Après quelques semaines de cet « entraînement », elle a commencé à respecter des besoins essentiels qu’elle avait négligés jusqu’alors : dormir suffisamment, manger sainement, prendre du temps pour tisser des liens satisfaisants avec les autres,...

     

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    Article de Psychologie Magazine - Septembre 2014

    C’est la rentrée. Nos enfants vont reprendre le chemin de l’école. Fini de rêver et de s’amuser, il va falloir rester calme et attentif durant de longues heures de cours. Pour certains, cela ne sera pas facile. Ils seront peut-être diagnostiqués comme atteints d’un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) – une « maladie » dont l’incidence ne cesse d’augmenter. Dans les pays occidentaux, 3 à 5 % des enfants en souffriraient. Toutefois, le nombre des diagnostics se révèle moins élevé en Europe qu’aux États-Unis, où 10 à 20 % des écoliers sont jugés trop agités, impulsifs et inattentifs au point d’être traités par la Ritaline – un médicament psychostimulant apparenté aux amphétamines et inscrit sur la liste des stupéfiants.
    Des différences culturelles expliquent sans doute ces disparités. Mais pas seulement, car, de façon troublante, plus le marketing en faveur de la Ritaline est agressif, plus la médicalisation des enfants est importante. Il faut dire que cette kiddy coke – la « cocaïne des gamins » comme l’ont baptisée les Américains – a des effets probants chez de nombreux enfants. Leur concentration s’améliore, leur impatience diminue, leurs résultats scolaires deviennent nettement meilleurs. Faut-il pour autant encourager la prescription de cette molécule ? Je ne le pense pas. D’autres solutions méritent d’être explorées : la relaxation, la méditation, une prise en charge psychothérapeutique, le recours à la psychomotricité, la pratique d’un art martial, d’un sport ou de toute autre activité nécessitant un engagement mental et physique. Évidemment, de telles mesures prennent du temps e

     

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    psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Juillet-Août 2014

    Voici venu le temps des vacances. Une parenthèse dans nos vies agitées, pressées et stressées. L’occasion de ralentir, de nous poser et de nous reposer. Puis viendra le temps de la rentrée. La reprise de notre course effrénée. Il ne faudra pas longtemps pour connaître le même état d’épuisement que celui dans lequel nous étions avant de prendre des congés. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a là une forme d’absurdité.

    Pour beaucoup de gens, les vacances sont une soupape de sécurité qui les empêche d’exploser. Jamais dans son histoire l’être humain n’a été aussi souvent en congé. Pourtant, à entendre les plaintes des uns et des autres, il semble que jamais il n’a eu autant besoin de se reposer. Peut-être parce que jamais il n’a vécu d’une manière aussi agitée. Même lorsqu’il est en congé. Le simple fait de prendre connaissance du « programme » des activités de certains vacanciers suffit à nous épuiser.

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    psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Juin 2014

    Depuis que je pratique le qi gong, de nombreuses personnes m’interrogent à propos de ce qu’elles appellent le « zigon », le « tsikon » ou, pire, le « chicon » (c’est le nom que l’on donne à l’endive, en Belgique). La plupart le définissent comme une gymnastique lente que l’on pratique dans les parcs en Chine. C’est un peu court. Je profite donc de cette chronique pour vous expliquer de quoi il s’agit vraiment. Avant tout, je dois vous dire que le nom de cette discipline se prononce « tchi kong », et signifie « le travail du qi ». C’est un ensemble d’automassages, d’exercices respiratoires et de méditations en position statique et en mouvement, visant la maîtrise du qi.


    La notion de qi n’est pas facile à comprendre pour un esprit occidental. Nous la traduisons par le mot « énergie », energeia en grec : la « force en action ». Il s’agit, en fait, de l’ensemble de nos forces – la somme des énergies qui constituent notre vitalité. Tantôt physiques (mécaniques, thermiques, chimiques, électriques, magnétiques), tantôt psychiques (émotionnelles et intellectuelles), ces énergies sont transmutables ; elles forment un continuum qui est notre force vitale, le qi.

     

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    psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Mai 2014

    Beaucoup de gens me demandent comment repérer les charlatans qui, d’après eux, exercent en grand nombre dans le domaine des médecines non conventionnelles. Je réponds invariablement que, avant tout, il faut définir ce qu’est un charlatan. Est-ce forcément un escroc – c’est-à-dire quelqu’un qui cherche à s’emparer du bien d’autrui de façon malhonnête ? Est-ce toujours un imposteur – autrement dit une personne qui trompe volontairement les autres en se faisant passer pour ce qu’elle n’est pas ? Je ne le crois pas. Si l’on se réfère à la définition du dictionnaire, un charlatan exploite la crédulité des gens pour imposer ce qu’il a à leur vendre. Beaucoup de charlatans sont donc des escrocs, mais pas nécessairement des imposteurs car, le plus souvent, ils sont de bonne foi. Ils se croient bien informés et compétents alors que, en réalité, ils ne le sont pas, et c’est par inconscience et par ignorance qu’ils induisent les autres en erreur.

     

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    psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Avril 2014

    Lorsque, en 1998, j’ai mis un terme à ma carrière de chirurgien, je me suis intéressé à des médecines qualifiées de « non conventionnelles », souvent moins scientifiques, plus empiriques, issues de traditions millénaires et faisant partie du patrimoine thérapeutique de l’humanité au même titre que la médecine dite « conventionnelle ». J’ai découvert alors le fossé qui existait entre ces cultures différentes. D’un côté, les tenants de la médecine scientifique niaient l’efficacité des approches non conventionnelles, sous prétexte qu’elle n’était pas prouvée et expliquée selon les critères de la science. De l’autre, les adeptes des médecines non conventionnelles avaient tendance à rejeter en bloc les acquis de la modernité avec un manque de nuances qui me paraissait tout aussi regrettable. Cela m’a motivé à publier La Solution intérieure, vers une nouvelle médecine du corps et de l’esprit1. L’idée était de traduire dans le langage rationnel de la science les belles intuitions des autres médecines, afin que celles-ci ne soient plus considérées comme « parallèles » mais qu’elles puissent, au contraire, converger au sein d’une « médecine intégrative », qui réunirait le meilleur de chaque approche thérapeutique au service des malades.

     

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    psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Février 2014

    Rien de tel que le récit d’une histoire vraie pour faire passer un message essentiel. Celle que je vais vous raconter se déroule à la terrasse d’un café parisien, par une belle après-midi d’hiver. Je lisais tranquillement un journal lorsque mon attention a été détournée par la conversation entre deux femmes assises juste à côté. Vous me direz sans doute que la curiosité est un vilain défaut et que l’indiscrétion est une attitude absolument déplacée. Je ne pourrai vous contredire mais, si vous aviez entendu le ton de la discussion entamée par mes deux voisines, je pense que vous aussi auriez tendu l’oreille pour connaître l’objet de leur discorde. L’une des deux protagonistes (coiffée d’un bonnet en laine rouge) semblait particulièrement fâchée. L’autre (la tête découverte) l’écoutait sans répondre. La femme au bonnet rouge commençait toutes ses phrases par un « tu » accusateur. Son discours était une litanie de reproches. Égoïste, calculatrice, manipulatrice, menteuse, irrespectueuse, blessante, avare, opportuniste. Plus la liste s’allongeait, plus la femme à la tête découverte fermait les poings et serrait les dents. Je la sentais prête à exploser. Moi-même j’éprouvais de la tension en entendant les mots courroucés de la femme au bonnet rouge. La tentation de prendre part à la dispute des deux femmes était grande. Cependant, je n’en fis rien. Au contraire, je revins vers moi en respirant profondément. Je ressentis aussitôt une pression douloureuse dans ma poitrine.

     

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    psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Janvier 2014

    Il y a quelques années, une jeune femme m’appela pour que je reçoive sa maman à ma consultation. Cette dernière souffrait d’un cancer du sein avec des métastases osseuses. En entendant le nom de la patiente, je me souvins l’avoir rencontrée cinq ans auparavant. Elle était alors venue me demander mon avis thérapeutique suite à la découverte d’une petite tumeur cancéreuse dans son sein droit. Ayant lu mon livre La Solution intérieure, cette dame considérait que je faisais partie des médecins avec « un esprit suffisamment ouvert » pour confirmer que son cancer était d’origine psychologique. Je lui avais répondu que, par souci de garder l’esprit ouvert (comme elle disait si bien), je n’étais pas d’accord avec elle. Car, à l’instar de la plupart des maladies, bon nombre de cancers sont probablement causés par un ensemble de facteurs qui, séparément, ne sont pas dangereux mais, agissant ensemble, entraînent une perturbation responsable de la cancérisation de certaines cellules. Parmi ces facteurs, il y a des prédispositions génétiques, des déséquilibres alimentaires, des influences toxiques, des lésions infectieuses et sans doute, chez certains patients, des tensions psychiques et du stress chronique. Affirmer que le cancer est d’origine exclusivement psychologique paraît aussi simpliste et caricatural que de dire que les troubles émotionnels et le stress n’interviennent jamais dans le phénomène de cancérisation. Face à ma réponse tout en nuances, la patiente avait quitté ma consultation en déclarant que je n’avais pas l’esprit aussi ouvert qu’elle l’avait imaginé. En dépit de mes recommandations, elle avait décidé de ne pas se faire opérer et encore moins de se soumettre à une chimiothérapie, persuadée qu’une psychothérapie suffirait à la guérir. Cinq ans plus tard, la petite tumeur du sein avait grossi au point de s’ulcérer à la peau et d’envahir le creux axillaire du côté droit.

     

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    psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Décembre 2013

    Il y a des informations en apparence anodines qui réveillent en nous une profonde réflexion. Dans ma chronique du mois de novembre 2013, je rapportais les résultats d’une étude publiée dans la revue Psychological Medicine, selon lesquels la spiritualité est un facteur de dépression, tant au niveau de l’apparition des symptômes dépressifs que de leur aggravation1. Je faisais remarquer qu’une telle conclusion va à l’encontre des idées reçues sur le sujet. Et, cherchant une explication à cette contradiction, j’ai émis l’hypothèse d’une définition erronée de la spiritualité. Car on ne peut pas réduire le fait spirituel, comme le font les auteurs de cette étude, à la croyance en une force ou en un pouvoir extérieur à soi. La spiritualité est, au-delà des croyances, une science de l’esprit des choses et des êtres ; elle suppose une profonde compréhension des liens qui relient tout ce qui existe ; elle aboutit à la connaissance du souffle – le spiritus latin – qui donne la vie. En ce sens, la spiritualité est une science de l’amour. Parcourir un chemin spirituel n’est pas facile. Cela demande d’être à la fois objectif et compatissant à l’égard de soi-même et des autres. Tout voir et ne rien juger. Exercer une sorte d’intransigeance bienveillante faite de discernement, d’honnêteté et d’humilité. Identifier l’ombre et la lumière en nous, sans jamais culpabiliser. Accepter de contempler qui nous sommes en essayant de comprendre la loi de causalité qui nous a façonnés. Et avoir le courage d’assumer notre responsabilité en changeant certaines causes pour obtenir d’autres effets. Car nous sommes appelés à apporter des réponses.

     

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    psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Novembre 2013

    Dans son numéro du mois d’octobre 2013, la prestigieuse revue Psychological Medicine publiait les résultats d’une étude prospective internationale, sous le titre « Croyances spirituelles et religieuses en tant que facteurs déterminants pour l’apparition de dépressions majeures ». Dirigée par le professeur Michael King de l’University College de Londres, cette enquête a été effectuée par une équipe de médecins généralistes auprès de plus 8000 personnes, dans sept pays, sur une période d’un an. Elle conclut que les personnes ayant une pratique religieuse ou des préoccupations spirituelles sont touchées de manière plus intense par la dépression que les personnes ayant une manière de vivre plus terre-à-terre. Plus l’inclinaison religieuse ou spirituelle était forte au début de l’étude, plus le risque de dépression s’est révélé important. Et, lorsque les personnes montraient des symptômes dépressifs, leur religion ou leur spiritualité ne les aidait pas à aller mieux ; dans certains cas elle était même un facteur aggravant. Ces résultats indiquent donc qu’une perspective religieuse ou spirituelle affaiblit le bien-être des individus au lieu de le fortifier. Cela va à l’encontre de l’idée généralement admise (y compris dans le monde de la psychiatrie) d’un effet protecteur des pratiques religieuses et des croyances spirituelles face à l’adversité. Ainsi religion et spiritualité nuiraient à la santé mentale des individus.

     

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    psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Octobre 2013

    Jean a quarante ans, sa femme l’a quitté ; il a beaucoup souffert de cette séparation et le stress a déclenché chez lui un eczéma extrêmement étendu. Progressivement, au cours de son travail psychologique, il a compris que cette épreuve constituait une occasion inespérée de guérir une profonde blessure d’abandon. Jean a donc fini par accepter la rupture mais, au lieu de la subir comme une victime, il a décidé de transformer son expérience douloureuse en une source de croissance personnelle. « Je n’en pouvais plus de me sentir impuissant face à une situation que je n’avais pas choisie, explique-t-il. J’ai décidé de reprendre ma vie en main et d’agir d’une manière constructive. » Aujourd’hui, Jean affirme que le départ de sa femme a été une chance. Il se sent plus fort, plus construit, plus rempli. « Pas rempli par les autres, précise-t-il. Rempli de moi-même ! » Son eczéma va beaucoup mieux. Cécile a trente-six ans, elle souffre d’une insuffisance rénale ; depuis trois ans, elle doit se soumettre à des dialyses régulières pour épurer son sang en attendant une hypothétique greffe de rein. Au début de nos rencontres, elle exprimait sa révolte face à la maladie, son sentiment d’injustice de devoir dépendre d’une machine pour survivre, son angoisse pour le futur, sa tristesse aussi. Puis, avec le temps, son discours a changé. « Je me suis mise à penser que la maladie et les contraintes de son traitement avaient du bon », dit-elle en souriant. Car, Cécile a appris à apprécier le moment présent.

     

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    psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Septembre 2013

    Maria à quarante-trois ans. Divorcée, mère de deux adolescents, elle a dû fuir son pays ravagé par la guerre civile. Depuis, elle vit en Belgique où son diplôme de dentiste n’est pas reconnu. « Je ne peux donc pas exercer la profession pour laquelle j’ai été formée », explique-t-elle. Obligée de travailler pour nourrir et éduquer ses enfants, elle a été engagée comme technicienne de surface pour nettoyer des bureaux, la nuit, dans les tours du Quartier Nord à Bruxelles. « Dit plus simplement, je travaille comme femme de ménage », commente-t-elle avec humour. Je connais Maria depuis cinq ans ; je ne l’ai jamais vue de mauvaise humeur. Nous nous sommes rencontrés à ma consultation car un cancer du sein l’avait incitée à entamer une psychothérapie. Non pas qu’elle se sentait « malade » mais, simplement, elle désirait regarder en face de vieilles blessures psychologiques, les nommer, les apprivoiser et même s’en débarrasser. « Je suis convaincue que cela m’aidera à guérir ce cancer », m’avait-elle annoncé d’emblée. Son cancer est à présent guéri cependant Maria continue à fréquenter ma consultation. C’est pour elle l’occasion de se poser, de revenir à elle et de se ressourcer. Car son travail de nuit combiné à l’éducation de deux adolescents est éprouvant. Certains jours, je lui trouve le teint pâle, la mine fatiguée. Elle m’avoue être épuisée mais cela ne l’empêche pas de sourire. Même lorsqu’elle a appris que l’entreprise pour laquelle elle travaille risquait de la licencier.

     

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    psycho bel_2011_fevrierArticle de Psychologie Magazine - Juillet-Août 2013

    Il était une fois un vieux sultan qui, pressentant la mort approcher, réclama son fils à son chevet afin de lui léguer ce qu’il avait de plus précieux : un bel anneau d’or surmonté d’une volumineuse pierre bleue sous laquelle on pouvait dissimuler une mèche de cheveux, le souvenir d’un être aimé ou du poison destiné à tuer un ennemi. « Tu vois cette bague, dit le sultan, à l’intérieur tu trouveras la solution au pire des problèmes de l’existence. Passe-la à ton doigt et prometsmoi de ne l’ouvrir qu’au moment où tu n’auras pas d’autre choix, car la solution magique qu’elle contient ne te servira qu’une seule fois. » À peine eut-il prononcé ces mots, le vieux sultan rendit son dernier soupir. Quelques années plus tard, le nouveau sultan régnait sur un royaume prospère et en paix. La favorite de ses épouses s’apprêtait à donner naissance à un fils, un héritier pour le trône. Malheureusement, la jeune femme mourut en couches. Désespéré, le monarque resta prostré au fond de ses appartements durant de nombreuses semaines. Il refusait de s’alimenter et plusieurs fois il pensa à se donner la mort.

     

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Thierry Janssen

Médecin et psychothérapeute

Chirurgien devenu psychothérapeute spécialisé dans l’accompagnement des patients atteints de maladies physiques, Thierry Janssen est l’auteur de plusieurs livres consacrés à une approche globale de l’être humain, au développement de ce que l’on appelle la « médecine intégrative » et à une vision plus spirituelle de la société (www.thierryjanssen.com). Il enseigne au Centre universitaire SigmundFreud, à Paris (www.sfu-paris.fr) et il est le fondateur de l’École de la présence thérapeutique, à Bruxelles (www.edlpt.com).

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Le Travail d’une vie (2001), Vivre en paix (2008), La Solution intérieure (2011), La maladie a-t-elle un sens? (2010), Le Défi positif (2011), Confidences d’un homme en quête de cohérence (2012), tous réédités chez Marabout ou Pocket.