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Entretien paru dans la revue Reflets

Depuis de nombreuses années, je suis le parcours de Thierry Janssen. Ce qui me touche en premier lieu, c'est sa capacité à se remettre en question. En 1998 il quitte son métier de chirurgien urologue pour devenir psychothérapeute spécialisé dans l'accompagnement des patients atteints de maladies physiques ou comme il se plait à se nommer « chirurgien de l'âme ». En deuxième lieu, je suis stupéfaite de sa sincérité. Son nouveau livre Confidences d'un homme en quête de cohérence, éd.LLL, en est la preuve. T.R.

Comment êtes-vous venu à la spiritualité ?

Je suis tombé dans la spiritualité vers l'âge de six ans en découvrant la civilisation de l'Égypte ancienne. J'étais un enfant très sensible, je souffrais dans mon corps et j'avais peur des autres. Ma passion pour l'Égypte a été une sorte de refuge. De plus, elle m'a permis d'apprivoiser la mort. Car, à l'époque, ma mère a subi une intervention chirurgicale assez conséquente. Récemment, j'ai retrouvé des dessins où j'avais représenté ma famille en pleurs autour d'un cercueil dans lequel reposait ma mère. Je réalise à quel point j'ai eu peur de la perdre. Ce n'est sans doute pas par hasard si, au moment où elle m'a présenté le chirurgien qui l'avait opérée, j'ai décidé qu'un jour j'exercerais ce métier. Mon enfance a été nourrie par le désir de pratiquer la chirurgie, en même temps qu'elle était motivée par l'envie de devenir égyptologue. Arpag Mekhitarian, dont je parle dans mes Confi dences, m'a permis de suivre une série de cours d'égyptologie, tout au long de mon enfance. À dix-huit ans, habité par des intentions altruistes, j'ai opté pour la chirurgie mais je reste profondément relié à l'Egypte. C'est d'ailleurs sur les bords du Nil que j'ai écrit ce livre.

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interview sante_integrative_24_2011

Article du magazine Santé Intégrative - Décembre 2011

Après nous avoir raconté sa récente retraite en Egypte, l’auteur nous explique pourquoi il a appelé son livre Le défi positif, puis, il nous éclaire sur les les trois conceptions du bonheur. 

Alain Gourhant : Vous sortez d'une période de silence de plus de deux ans, que vous appelez une retraite. Que signifie ce mot "retraite" et que s'est-il passé pour vous pendant ces deux ans ?  

Thierry Janssen : En 2009, je me suis retrouvé dans une situation périlleuse, au sens où je suis tombé malade. Je me suis senti responsable de cette situation, car suite à la parution du livre La maladie a-t-elle un sens ?, j'ai répondu à de très nombreuses sollicitations. J'ai donné plus de 200 conférences dans 7 pays différents. J'étais épuisé. Or, plus j'avance, plus j'ai besoin de préserver un espace à l'intérieur de moi, un lieu de paix et de silence. Lorsque je n'y arrive pas, j'éprouve de l'agacement, je deviens irritable. En 2009, je ne vivais plus qu'à l'extérieur de moi, je suis tombé malade. Cela a commencé par une grippe que j'ai mal soignée puis, au mois de mars, l'infection virale s'est compliquée d'une paralysie faciale droite. J'ai tout d'abord cru à un accident vasculaire cérébral, j'ai eu très peur. Alors que j'étais hospitalisé à la Salpêtrière à Paris, sous hautes doses de cortisone, j'étais très fâché contre moi-même car j'avais fait exactement le contraire de ce que je recommande aux autres de faire. Je m'étais considéré au-dessus des lois du bon sens qui demandent de respecter les besoins essentiels. Il était temps que je consacre à nouveau du temps à mon travail intérieur. Il fallait que j'arrête de répondre à toutes les demandes de consultations, de conférences ou d'apparitions dans les médias. C'était mon "petit ego" qui m'avait entraîné dans cette spirale infernale. Or ce "petit ego" n'est qu'une réponse à la peur, la peur qu'on ne lise pas mes livres, la peur de ne pas obtenir suffisamment de reconnaissance, la peur de ne pas être aimé. Je pourrais bien entendu aussi dire que j'avais le souci de propager un message humaniste car rien n'est tout blanc ou tout noir. Néanmoins, au-delà de cette bonne intention, il y avait les peurs absurdes de cet ego tyrannique, capable de me mettre en danger. Lorsque je m'éloigne de mes besoins essentiels, j'ai l'habitude de me demander ce que j'aimerais faire, s'il me restait peu de temps à vivre.

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Article de Psychologie Magazine Belgique - Septembre 2011

Psychologies : Vous avez fait le choix in extremis de ne pas publier votre avant dernier livre écrit sur le thème de la cohérence…par souci de cohérence. En quoi a-t-il inspiré votre nouvel opus ? 

Thierry Janssen : J’ai nourri Le Défi positif, non pas du propos, mais de l’intention de mon livre sur la cohérence. Un ouvrage que j’ai abandonné sur une clé USB, glissée dans une anfractuosité rocheuse de la Vallée des Rois, en Égypte (Rires). Quand j’ai décidé de ne pas le publier, j’ai cru que je n’écrirais plus. Puis le désir est revenu. A posteriori, je me rends compte que j’avais brûlé une étape. Je n’avais pas été cohérent par rapport à mon projet de départ qui était d’écrire une trilogie à propos de la médecine, de la maladie et de la bonne santé.

 

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Article de Psychologie Magazine France - Octobre 2011

Psychologies : Pourquoi nous sentons-nous stressés de façon permanente ?

Thierry Janssen : Nous avons construit notre société sur un mode hédoniste et matérialiste qui nous fait confondre bonheur avec jouissance et confort. Du coup, nous faisons tout pour éviter l’inconfort. Nous produisons et nous consommons beaucoup pour nous protéger, nous divertir et nous apaiser. Cela nous oblige à vivre dans une tension continue. D’autant plus qu’il existe un phénomène que l’on appelle l’« adaptation hédonique », en vertu duquel nous ne sommes jamais suffisamment rassasiés. Le cercle est vicieux. Habitués au confort, nous supportons de moins en moins les contrariétés. Nous nous croyons tout-puissants et nous sommes prêts à tout pour l’être. Le prix que nous payons est ce stress chronique que nous éprouvons.


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Article de Psychologie Magazine - Mai 2015

Il y a quelques semaines, une dame me dit qu’elle est à la recherche d’un spécialiste de la médecine des émotions. Deux jours plus tard, j’entends un psychiatre parler de la nécessité de bien gérer les émotions. Et, ce matin, je lis un article sur les nouvelles thérapies des émotions. Mais d’où vient cette idée qu’il faut soigner les émotions ? Éprouver des émotions serait-il le signe d’une pathologie ? « Gérer », « traiter », « guérir » sont-ils des mots appropriés pour parler de la bonne attitude à adopter face à nos émotions ? Je pense que non.

Le concept d’une « médecine des émotions » me paraît révéler une profonde méconnaissance à propos de ce qu’elles sont et, surtout, de ce que nous pouvons en faire. Il faut dire que nous sommes les héritiers d’une culture qui a longtemps diabolisé les phénomènes émotionnels, considérant que ceux-ci perturbaient la sacro-sainte rationalité. Des générations avant nous ont tenté de les maîtriser, de les refouler, voire de les nier. Puis des chercheurs comme Antonio Damasio ont montré que, sans elles, il ne pouvait pas y avoir de véritable rationalité. Car nos émotions sont de l’information ; elles nous renseignent sur la qualité de nos expériences. Elles sont agréables (joie, enthousiasme) quand ce que nous percevons ou ce que nous pensons est bon pour nous. Elles sont désagréables (peur, colère, tristesse) dans le cas contraire. Chacune de nos perceptions génère une émotion qui devient un sentiment qui alimente nos pensées. Et, en retour, chacune de nos pensées génère une émotion qui se manifeste dans notre corps et donne lieu à une perception.

 

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Thierry Janssen

Médecin et psychothérapeute

Chirurgien devenu psychothérapeute spécialisé dans l’accompagnement des patients atteints de maladies physiques, Thierry Janssen est l’auteur de plusieurs livres consacrés à une approche globale de l’être humain, au développement de ce que l’on appelle la « médecine intégrative » et à une vision plus spirituelle de la société (www.thierryjanssen.com). Il enseigne au Centre universitaire SigmundFreud, à Paris (www.sfu-paris.fr) et il est le fondateur de l’École de la présence thérapeutique, à Bruxelles (www.edlpt.com).

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Le Travail d’une vie (2001), Vivre en paix (2008), La Solution intérieure (2011), La maladie a-t-elle un sens? (2010), Le Défi positif (2011), Confidences d’un homme en quête de cohérence (2012), tous réédités chez Marabout ou Pocket.