N’oublions pas l’altruisme
Entretien paru dans le magazine Inexploré de janvier-mars 2012
Sept milliards d'êtres humains sur une petite planète dont les ressources naturelles s'épuisent à grande vitesse, confrontés à un réchauffement climatique qui risque de modifier les priorités. On le pressent, l'un des enjeux majeurs du XXI ème siècle est celui de la cohabitation pacifique entre les peuples et, au sein des peuples, entre les citoyens. Il n'y a donc pas de sujet plus urgent à débattre que celui de l'altruisme. Cependant, ne nous leurrons pas, un tel débat est périlleux car, pour beaucoup de gens, l'altruisme n'existe pas ; il ne serait qu'un égoïsme habillé de bons sentiments, une idéologie hypocrite permettant d'échapper à la honte et à la culpabilité provoquée par l'égoïsme, une tentative narcissique d'éviter une éventuelle punition ou d'obtenir une gratification.
Lutter autrement contre le cancer

Entretien posté sur le site www.la-maison-du-cancer.com
LMC : Nombre de personnes ressentent un sentiment aigu de culpabilité lorsqu’ils apprennent leur état cancéreux. Pourquoi ?
Thierry Janssen : La maladie constitue une période chaos intense, nous perdons nos repères, nos certitudes s’évanouissent et notre impression de toute-puissance se révèle être une illusion. Cela nous fragilise, nous redevenons alors comme un petit enfant, dépendant, et nous espérons rencontrer une autorité qui détient les solutions pour notre survie. Nous remettons donc volontiers notre pouvoir à autrui, aux soignants que nous voyons comme des parents. De plus, influencé par une pensée magique enfantine, nous avons tendance à croire que si la maladie nous pénalise c’est parce que nous avons fait quelque chose de mal. Ce sentiment de culpabilité ne recouvre aucune réalité. Au lieu de culpabiliser, l’adulte que nous sommes devrait plutôt assumer sa responsabilité face à la maladie. Car, il n’y a pas d’effets sans causes. La plupart du temps, nos maladies et a fortiori les cancers sont d’origine multifactorielle. Souvent la multitude et la complexité des causes impliquées nous dépassent. Cela ne devrait pas nous décourager car seule une meilleure compréhension des synergies à l’œuvre entre toutes ces causes pourra nous permettre de réduire le nombre des malades. Ainsi, par exemple, on sait que le tabagisme est une cause de cancers du poumon ; la dépression psychologique quant à elle ne provoque pas de cancers du poumon ; mais le tabagisme allié à une dépression est beaucoup plus cancérigène que s’il est pratiqué par des individus non dépressifs. Ce n’est qu’un exemple, qui ne tient pas compte de toute une série d’autres facteurs comme les pollutions environnementales ou des déséquilibres alimentaires. Au diable la culpabilité. Mais il est temps d’assumer nos responsabilités individuelles et collectives face aux cancers. Il est temps de penser à une vraie prévention.
Le cancer, au-delà des croyances

Conférence prononcée aux Entretiens de Millancay, le 3 octobre 2008.
On ne peut pas s’intéresser au cancer sans en aborder les différents aspects psychiques, psychologiques et sociaux. Ceux-ci sont au cœur de ma pratique d’accompagnement des malades. Or, au cours de cette pratique, j’ai été interpellé par le fait que de nombreux patients ont spontanément tendance à rattacher leurs problèmes de santé à un évènement ou à des circonstances de vie qui ont été difficiles à vivre d’un point de vue émotionnel. Une étude scandinave révèle que 40 % des femmes interrogées, atteintes d’un cancer du sein, sont convaincues que leur maladie est la conséquence d’un traumatisme psychologique, une situation émotionnellement mal vécue qui se serait produite dans les mois qui ont précédés le diagnostic du cancer. Or, lorsque l’on effectue des études rétrospectives, un lien de causalité entre un traumatisme psychologique et le déclenchement d’un cancer est loin d’être prouvé. Sans doute parce que, si lien il y a, celui-ci participe d’un ensemble de causes dont la synergie favorise le déclenchement de la maladie. Comme la plupart des pathologies, le cancer est une maladie multifactorielle.
Interview magazine Santé Intégrative 01/2009
Interview du Dr Thierry Janssen au sujet de son dernier livre :
La maladie a-t-elle un sens ?
Enquête au-delà des croyances
Alain Gourhant (magazine Santé Intégrative): pourquoi avez-vous écrit ce livre, à ce stade de votre parcours ?
Thierry Janssen : la raison est d'abord personnelle : quand je travaillais à l'hôpital, je ne me rendais pas compte du besoin de sens des patients que j'opérais. Je n'imaginais pas à quel point il était important pour eux de trouver une explication à ce qu'ils vivaient. Je ne soupçonnais pas que ces patients cherchaient à intégrer leur maladie à leur parcours de vie, afin de trouver un sens à leur expérience et définir une direction à leur existence. Depuis que j'accompagne les malades en tant que psychothérapeute, je me rends compte que cette question du sens est primordiale ; pouvoir y répondre correspond à un besoin fundamental pour l'être humain. J'ai donc été amené à m'interroger afin d'élargir le champ de ma réflexion. Vous savez, il y a un monde entre l'exercice de la chirurgie et la pratique de la psychothérapie. Est-ce que vraiment la maladie a un sens? Et, si elle a un sens, quel est-il? Comment y répondre, comment aider les patients face à cette question? Ce nouveau livre rend compte d'une réflexion personnelle éclairée par les connaissances de ma culture – une culture scientifique, contemporaine, occidentale.
Interview revue Alliance
Entretien avec Thierry Janssen (propos recueillis par Nathalie Calmé pour la revue Alliance)
En 1998, vous démissionnez soudainement du centre de cancérologie de l’université de Bruxelles, « fatigué, dites-vous, d’une spécialisation à outrance qui empêche de voir le
malade derrière l’organe et l’être humain derrière le malade ». Comment en êtes-vous arrivé à cette décision radicale ? J’avais tout sacrifié à ma carrière médicale et chirurgicale. Je m’étais enfermé dans une course à gravir les échelons de la hiérarchie académique. Depuis l’enfance, je rêvais de devenir chirurgien et professeur de médecine pour enseigner.
A l’âge de 35 ans, j’ai commencé à me sentir très à l’étroit dans mon métier. Je fonctionnais comme une machine performante dans une médecine dont l’esprit est lui-même très
mécaniste. Mon inconfort était tel que je me suis mis à somatiser. J’avais le dos couvert d’eczéma et je faisais des conjonctivites à répétition.
J’ai fini par obtenir ma nomination dans le centre de cancérologie de l’université de Bruxelles. Et, le jour de mon entrée en fonction, sans aucune préméditation, subitement, j’ai réalisé que si je prenais ce poste, j’allais tuer quelque chose de profond, d’essentiel en moi qui demandait à être exploré, à se révéler, à s’exprimer. Je suis entré dans mon nouveau bureau et j’ai écrit ma lettre de démission. Faire ce choix a libéré en moi une force incroyable ! Une certitude
inébranlable. Evidemment, par la suite, il a fallu en assumer les conséquences en affrontant le regard des autres qui pensaient que j’étais devenu complètement fou.
Entre corps et esprit, une science du lien

En s’intéressant de près aux interactions entre le corps et l’esprit, la science accompagne l’émergence d’un nouveau paradigme.
Nous empruntons parfois de longs détours avant d’accepter certaines évidences remplies de bon sens. Et pour cause : de vieilles croyances nous empêchent d’envisager la réalité sous un angle neuf. Aveuglés par nos réponses toutes faites, nous sommes alors incapables de nous poser de nouvelles questions et, sans nous en rendre compte, nous vivons à la lumière de dogmes bien obscures. Songeons qu’au XVIIème siècle des philosophes comme John Locke affirmaient : « la négation de la nature est la voie du bonheur ». Curieux siècle des Lumières où l’homme s’attribua la mission d’influencer, de contrôler et de dominer la nature considérée comme une ennemie. Redoutable croyance qui, trois cents ans plus tard, nous incite encore à nier cette nature dont nous sommes constitués et dont nous faisons partie. C’est pourtant grâce à cette posture « en dehors du monde » que la science occidentale a connu ses plus grands développements. Réduire la réalité à ses constituants les plus infimes a permis la description de nombreux mécanismes du vivant. Malheureusement, à force d’analyser les détails, le réductionnisme scientifique est privé de la vision globale nécessaire pour reconstituer l’ensemble du puzzle. « La vie ne réside pas dans les molécules mais dans les relations qui s’établissent entre elles », faisait remarquer Linus Pauling, lauréat des prix Nobel de chimie et de la paix. Le tissu du vivant est fait de liens. Ce sont précisément ces liens que la science du XXIème siècle va devoir étudier si elle veut rester au service de la vie.
Pour une médecine intégrée

Pour une médecine plus efficace, plus humaine et moins chère, la médecine scientifique devrait s'intéresser de près aux acquis des médecines traditionnelles tels que l'acupuncture, l'hypnose ou le yoga.
Une étude publiée en 2002 par le gouvernement américain révèle que 36 pc de la population recourent aux "médecines alternatives et complémentaires". Médecines chinoises et ayurvédique, acupuncturen homéopathie, phytothérapie, psycothérapie, méditation, hypnose, yoga, tai chi, qigong, massage, chiropraxie, osthéopathie, toucher thérapeutique, reiki. Les dépenses consacrées à ces pratiques représentent plusieurs millards de dollars que les malades que les malades n'hésitent pas à débourser sans aucune aide financière. Cette tendance se vérifie dans la plupart des pays occidentaux puisque, d'après l'étude, la proportion des consomateurs des soins médicaux non conventionnels varie de 20 à 50 pc, voir même 65 pc au Japon.
Interview revue Canopée
Interview de Sylvain Michelet pour la revue Canopée 2007
Etonnant Thierry Janssen ! Chirurgien de renom, assistant à la faculté, nommé dans le centre de cancérologie de l’université de Bruxelles, il démissionne soudain, fatigué d’une spécialisation à outrance qui l’empêche de « voir le malade derrière l’organe et l’être humain derrière le malade ». Formé à d’autres approches, devenu guérisseur autant que médecin, il revient avec un livre événement, La Solution Intérieure. Dans cette synthèse, sans polémique mais richement documentée, des recherches menées par la science occidentale sur les effets de thérapies faisant appel à d’autres conceptions de l’homme, il en explique avec simplicité les fondements, dessinant l’avenir d’une « nouvelle médecine du corps et de l’esprit ».
La méditation : une médecine d'avant-garde?
En direct de Washington…
LA MEDITATION : UNE MEDECINE D’AVANT-GARDE ?
Du 8 au 10 novembre 2005, plusieurs scientifiques de renommée internationale rencontraient le dalaï-lama et d’autres personnalités du monde spirituel pour débattre des bases scientifiques et des applications cliniques de la méditation. Organisées par le Mind and Life Institute, ces trois journées se déroulaient à Washington, juste avant l’ouverture du Congrès annuel de la Society for Neuroscience où le dalaï-lama était invité à prendre la parole.

