Dire merci est le meilleur moyen d’être heureux
Article de Psychologie Magazine - Février 2013
Noël est déjà loin. Les lumières de la fête se sont éteintes mais, pour bon nombre d'entre nous, elles brilleront longtemps dans les souvenirs. Un beau sapin, de nombreux cadeaux, la famille réunie autour d'un savoureux repas. Lorsque j'y pense, j'éprouve une certaine tristesse car, pour moi, quelque chose est venu ternir ces moments de réjouissance. Un fait qui peut paraître anodin mais que je crois très important. Loin de moi l'idée de faire un procès à quiconque. Néanmoins, j'ai décidé de vous en parler. L'affaire remonte à la nuit du 24 décembre. Nous étions réunis autour de l'arbre. Mes neveux et mes nièces déballaient leurs cadeaux dans l'excitation et la bonne humeur. À peine avaient-ils ouvert un paquet qu'ils se jetaient sur un autre, sans vraiment prendre le temps de découvrir le présent qu'ils venaient de recevoir. Sans, non plus, dire merci à celui ou à celle qui le leur avait offert. Plus tard, nous nous sommes quittés, comme si aucun cadeau n'avait été échangé. Pas une fois au cours de la soirée, ils n'avaient exprimé leur gratitude. Cela m'a fait de la peine. Non pas pour moi mais pour eux.
La danse m'a donné le goût de m'incarner
Article de Psychologie Magazine - Janvier 2013
Imaginez un enfant à l'allure chétive, le thorax déformé, les jambes tordues, mal à l'aise dans son corps, complexé et extrêmement émotif, moqué par ses camarades de classe à cause de sa trop grande sensibilité et, du coup, se tenant à l'écart, condamné à la solitude. Lorsque je me souviens de ce petit garçon, je ressens encore la souffrance que j'éprouvais alors. J'avais peur de tout. Peur des autres, peur de moi, peur de monter sur une chaise ou d'attraper un ballon. Je me tenais en dehors de la vie, j'étais triste et souvent désespéré. Heureusement, vers l'âge de dix ans, j'ai découvert la danse. C'est elle qui m'a sauvé. J'ignore ce qui m'a poussé à danser. Un instinct de survie, probablement. Mais aussi un sens du rythme qui éveillait des émotions fortes lorsque j'écoutais de la musique. Des émotions joyeuses, confiantes et libérées. De la fluidité et du plaisir. Un plaisir vécu dans le corps. Cela n'avait rien à voir avec le contentement que j'éprouvais à la lecture ou à la rêverie. Tout à coup, je me suis autorisé des mouvements que je n'avais jamais osé effectuer auparavant. La danse m'a donné le goût de m'incarner. Plus j'habitais mon corps, plus je désirais en faire l'expérience. Ce fut une découverte à la fois extérieure et intérieure, une exploration de l'espace autour de moi en même temps qu'une appropriation de l'espace en moi. Une source d'apaisement.
Le temps est venu d’arrêter de tricher
Article de Psychologie Magazine - Décembre 2012
Décembre 2012 : le mois de tous les dangers. Nous y voilà arrivés. La première fois que j'ai entendu parler de cette date fatidique, c'était en 1999. Je venais de mettre un terme à ma carrière de chirurgien et j'avais le projet d'écrire un roman dont l'action se situait entre Paris, Londres, la Californie et la forêt guatémaltèque. Le synopsis mettait en scène une jeune femme inspecteur de police, séduisante et intrépide, confrontée à une secte millénariste qui prédisait la fin du monde pour le 20/12/2012. J'espérais à travers ce thriller esotérico-philosophique partager une réflexion à propos de l'évolution de notre civilisation. Malheureusement, en voulant exposer mes idées, je n'avais pas laissé suffisamment de place à mes personnages. De l'avis de plusieurs éditeurs, mon texte n'était pas assez romanesque. J'aurais mieux fait d'écrire un essai. Les recherches que j'effectuai alors m'amenèrent à consulter une série de documents selon lesquels le calendrier maya prophétisait la fin du monde pour le 20/12/2012. À l'époque, j'étais loin d'imaginer que cette information susciterait autant de passions et ferait la fortune de nombreux auteurs et cinéastes habitués à surfer sur la vague des angoisses collectives.
Il faut arrêter de voler la mort aux gens !
Article de Psychologie Magazine - Novembre 2012
Lionel avait quarante-trois ans lorsqu'une bronchite difficile à guérir l'a incité à consulter un pneumologue. Ce dernier lui diagnostiqua une tumeur cancéreuse au niveau du poumon droit. Malheureusement la chirurgie et la chimiothérapie ne suffirent pas pour arrêter la progression de la maladie. D'autres tumeurs apparurent dans le poumon gauche, puis autour du coeur et dans le cerveau. Loin de se décourager, Lionel consulta d'autres spécialistes, il se rendit même à New York avec l'espoir de pouvoir bénéficier d'un protocole thérapeutique plus efficace. Il ne voulait pas mourir. Quarante-trois ans, quatre enfants encore petits et une épouse sans aucune qualification professionnelle. Il ne pouvait se résoudre à l'idée de partir si tôt. C'était trop tôt. Il voulait tenter l'impossible pour s'en sortir même si, il le savait, ses chances de guérison étaient faibles. Son but n'était pas tant de guérir que de rester en vie le plus longtemps possible. Les médecins lui proposèrent tout ce qu'ils avaient à leur disposition, des traitements les plus classiques aux remèdes encore expérimentaux. Rien n'y fit. Lionel commença à perdre du poids, il s'affaiblit et, après six mois de combat acharné, il dû se résoudre à rester alité, puis à être hospitalisé.
Logique névrotique
Article de Psychologie Magazine - Septembre 2012
Septembre. Que de souvenirs associés à ce mois de rentrée des classes. La cour de récréation, mes camarades, nos jeux, nos joies, nos disputes aussi, nos pleurs et le sentiment de désespoir qui les accompagnait. Le monde de l'enfance est un monde cruel et sans pitié où les rapports interpersonnels sont vécus au premier degré, noyés dans l'émotion sans être passés à travers le filtre de la raison. Un monde de vérité où il n'est pas permis de tricher. Je me rappelle de Thibault que nous appelions « le marsien ». Il passait son temps seul, à l'écart, persuadé que les autres écoliers ne l'appréciaient pas et n'accepteraient jamais de l'inclure dans leurs jeux. C'était pourtant un garçon formidable, doté d'une imagination débordante, extrêmement sensible. Probablement trop sensible. À force d'avoir peur d'être rejeté par les autres, il s'excluait lui-même et finissait par provoquer le rejet qu'il redoutait. Convaincu qu'il n'y avait pas de place pour lui, il ne prenait pas sa place et laissait les autres occuper le terrain ce qui, au bout du compte, lui permettait d'affirmer qu'il avait raison de penser qu'il n'y aurait jamais de place de pour lui. Je me souviens de Yves, « le geignard », qui se plaignait à longueur de journée. Nous l'appelions aussi « pot de colle » tant il était fusionnel et exclusif dans ses relations avec nous. Je réalise aujourd'hui qu'en fait ce garçon avait peur d'être abandonné.
L’animal en nous
Article de Psychologie Magazine - Juillet 2012
Shin Dong-hyuk est né en 1982 dans le Camp 14, le plus pénible des camps de travail de la Corée du Nord. Son père et sa mère ont été condamnés à être emprisonnés à vie à cause de leur parenté avec des « ennemis du régime ». Ils ont acquis le droit de s'unir en dépassant leur quota de production, en espionnant leurs co-détenus et en dénonçant toutes infractions aux règles du camp. Ils n'ont pas pu choisir leur conjoint et, à l'occasion de leurs « noces », ils n'ont été autorisés à dormir ensemble que cinq nuits consécutives. Shin n'a jamais rien connu d'autre que les punitions corporelles et les privations physiques. Il vit avec sa mère et son frère, en compétition permanente pour obtenir un peu de nourriture. Sa mère lui vole sa ration, il vole sa mère. Et lorsqu'il a trop faim, il fouille les excréments des vaches pour y récupérer quelques grains de maïs. Les jours de chance, il capture quelques insectes ou un rat qu'il mange cru. Il ne voit pratiquement jamais son père, détenu dans un autre endroit du camp. Sa mère le bat. Comme des centaines d'autres enfants, Shin est un produit du Camp 14, le cobaye d'une expérimentation de déshumanisation. À l'âge de 14 ans, afin d'échapper aux représailles de ses gardiens, il dénonce un plan d'évasion élaboré en secret par son frère et sa mère.
Décalage estival
Article de Psychologie Magazine - Juillet 2011
C'est l'été, nous allons enfin pouvoir nous reposer. Le temps est venu de prendre des vacances. Chaque année, des millions de gens répètent ce rituel sans la moindre hésitation. Car la plupart d'entre nous en sommes convaincus : les beaux jours sont faits pour être chômés. Pourtant, d'après les chronobiologistes qui étudient l'évolution des rythmes de notre corps, il semble que nous nous trompions. Pour eux, l'été est la meilleure saison, non pas pour se reposer, mais pour travailler ! Et pour cause : les beaux jours apportent des fruits et de légumes gorgés de soleil, de la lumière, des vitamines, et tout ce qu'il faut pour stimuler notre organisme. Nous sommes alors en pleine forme, débordant d'énergie pour accomplir les plus lourdes tâches. L'hiver, en revanche, notre alimentation est carencée, nous manquons de lumière, nos défenses immunitaires sont moins performantes, l'activité de nos organes ralentit, notre corps est fragilisé, nous sommes plus sensibles aux infections.
De retour de Dharamsala
Article de Psychologie Magazine - Juin 2012
Il y a quelques semaines, je me suis rendu à Dharamsala, afin d'y visiter une série de projets humanitaires financés par Graines d'Avenir1 – une association sans but lucratif créée par mon amie Véronique Jannot et récemment fusionnée avec l'association Nyanjay Compassion dont je suis le parrain depuis plusieurs années. Dharamsala est le siège du gouvernement tibétain en exil et la résidence officielle du 14ème dalaï lama. Depuis plus de cinquante ans, des dizaines de milliers de Tibétains y ont trouvé refuge avant de s'installer en Inde, au Népal ou dans les pays occidentaux. Environ vingt mille exilés y séjournent dans des conditions très précaires. Des logements exigus, non chauffés et sans confort, des hivers froids, une courte saison ensoleillée et trois mois de mousson très arrosés ; un manque cruel de débouchés professionnels. Déracinés, isolés et sans famille, de nombreux réfugiés survivent tant bien que mal grâce à l'aide humanitaire. Plus de deux mille enfants vivent dans les TCV (Tibetan Children's Villages)2 créés par Jetsun Pema, la soeur cadette du dalaï lama. Ils sont orphelins ou séparés de leurs parents qui les ont envoyés en Inde afin de leur épargner les brimades et les tortures des autorités chinoises.
Procrastination
Article de Psychologie Magazine - Juin 2011
Qui n’a pas remis à plus tard une tâche contraignante, préférant faire autre chose que ce qui devrait être fait ? Personnellement, cela m’arrive fréquemment, notamment lorsque je « dois » rédiger une chronique pour Psychologies Magazine. Je perds alors beaucoup de temps à surfer sur internet, je trouve toutes sortes de prétextes pour quitter mon bureau, j’en arrive même à rentrer chez moi ou bien à faire des courses qui auraient pu attendre la fin de mon travail. N’importe quelle excuse est bonne pour éviter de me mettre à l’ouvrage. En fait, beaucoup de gens reportent sans cesse le moment de commencer leur travail, ils se distraient en s’engageant dans de multiples activités. Malheureusement, ils n’en profitent pas vraiment car, au fond d’eux, ils savent qu’ils devraient être en train de travailler. Ils ne s’investissent pas complètement dans ce qu’ils font, leur énergie est bloquée par leur propre résistance et leurs atermoiements finissent par les épuiser.
Plaidoyer pour l’altruisme
Article de Psychologie Magazine - Mai 2012
Sept milliards d'êtres humains sur une petite planète dont les ressources naturelles s'épuisent à grande vitesse, confrontés à un réchauffement climatique qui risque de modifier les priorités. Occupation des terres arables, exploitation des réserves énergétiques, partage de la nourriture, accès à l'eau potable. L'un des enjeux majeurs du XXIème siècle est sans nul doute la cohabitation pacifique entre les peuples et, au sein des peuples, la coopération entre les citoyens. Je pense donc qu'il n'y a pas de sujet plus urgent à débattre que celui de l'entraide et de l'altruisme. Pour beaucoup de gens, le véritable altruisme n'existe pas . Que faut-il penser alors de ces expérimentations où des singes se privent de nourriture afin d'éviter qu'une décharge éléctrique soit infligée à leurs congénères ? Existe-t-il chez certains animaux la potentialité d'une générosité gratuite envers autrui dans le seul souci de son bien-être ? De nombreux exemples observés dans la nature tendent à le prouver : des mâles primates forment un pont avec leurs corps au péril de leur vie afin de permettre à une mère et à son petit de passer d'un arbre à l'autre, des éléphants s'occupent d'une vieille femelle aveugle, des dauphins soutiennent leur compagnon blessé pour le faire respirer à la surface.
Trop d’impuissance
Article de Psychologie Magazine - Mai 2011
La terre tremble au Japon, un tsunami ravage un pays, une centrale nucléaire laisse échapper des éléments radioactifs, l'air, l'eau et la terre sont contaminés par une pollution hautement toxique et totalement invisible. Des hommes et des femmes trouvent refuge dans des abris de fortune et tentent de survivre à l'horreur. Les morts sont enfouis sous les décombres, le chagrin est immense, le deuil impossible. Le peuple gronde en Tunisie, la foule exprime sa colère au Caire, un peu partout dans le monde arabe, des voix s'élèvent pour réclamer plus de justice, de liberté et de paix. Les chefs d'états font semblant de ne pas entendre ces revendications, ils minimisent la situation, ils diabolisent les insurgés et finissent par utiliser la violence pour les réduire au silence. Des bombes s'abattent sur les Libyens, une répression sanglante est menée contre les Syriens. L'avenir est incertain.
Attention à la pathologisation !
Article de Psychologie Magazine - Avril 2012
Il y a quelques semaines, j'ai rencontré une jeune femme atteinte d'un cancer du sein avec des métastases aux poumons. Dès l'annonce du diagnostic, huit ans auparavant, cette patiente avait manifesté un optimisme à toute épreuve. À chaque mauvaise nouvelle, elle avait réagi en trouvant une raison de continuer à se battre. Son oncologue ne comprenait pas comment elle pouvait être encore en vie et, surtout, il s'étonnait qu'elle conserve un si bon moral. Persuadé qu'elle allait bientôt perdre courage, il lui avait recommandé de consulter un psychiatre. Le verdict de ce médecin avait été sans appel : pour lui, la patiente était dans le déni de sa maladie, elle refusait de voir la vérité en face, son attitude masquait une dépression. Il lui prescrivit donc un antidépresseur. La jeune femme eut beau protester en affirmant qu'elle était très lucide quant à son état de santé, le psychiatre ne voulut rien entendre. « Je refuse que l'on m'empêche d'avoir une raison de vivre, lui répondit la patiente. Pour l'instant, je souhaite trouver le moyen de prolonger mon existence afin de profiter le plus longtemps possible de ma famille et de mes amis. Comment peut-on dire qu'il s'agit d'une attitude dépressive ?
Vous avez dit « anti-âge » ?
Article de Psychologie Magazine - Avril 2011
Il y a quelques mois, un confrère médecin m’invita à devenir le président d’une société de « médecine anti-âge ». Parce que, d’après lui, je défendais des idées en résonance avec les principes de cette discipline qui combat les effets de la vieillesse. Sur le moment, j’ai cru à un canular car quiconque a lu mes ouvrages sait que ma pensée est à l’opposé de celle qui génère des stratégies « anti-âge ». Cependant, mon interlocuteur insista en disant que mon livre La solution intérieure s’inscrivait parfaitement dans la lutte qu’il menait contre les effets du temps. Cela me rappela une conversation, quinze ans auparavant, avec le responsable d’une compagnie pharmaceutique qui essayait de me convaincre du fait que la vieillesse était une « horrible maladie » contre laquelle la médecine devait se battre à tout prix.
Tenir un journal
Article de Psychologie Magazine - Mars 2012
Lorsque j'ai commencé à parcourir le chemin qui mène à une meilleure connaissance de soi, spontanément je me suis mis à écrire de manière quotidienne dans un cahier. J'y consignais mes impressions, mes émotions et les pensées qui les accompagnaient. Parfois cela se résumait à une phrase, un mot, un dessin ou une couleur posée sur la papier. L'important était pour moi de parvenir à exprimer ce qui se passait à l'intérieur de moi, de pouvoir contempler celui que j'étais, de prendre le recul nécessaire pour comprendre la complexité qui me constituait. Jour après jour, je créais dans mon journal un espace intime dans lequel je découvrais mes peurs et mes croyances, mes conditionnements et mes défenses, mes contradictions et mes aveuglements. L'écriture fut un formidable moyen de me réveiller. Quinze ans plus tard, elle reste une bonne façon de ne pas me rendormir. À condition de la pratiquer de manière régulière, sans complaisance, avec une sorte d' « intransigeance bienveillante » faite d'objectivité et de compassion. Il s'agit d'oser s'avouer ce que l'on pense profondément, sans jugement, en acceptant celui que nous sommes inconditionnellement.
Le courage du désespoir
Article de Psychologie Magazine - Mars 2011
Il y a exactement un an, je vivais au milieu de la campagne égyptienne, sur la rive ouest du Nil, à une centaine de mètres du temple de Médinet Habu, aux pieds de la montagne thébaine, non loin d'un canyon où furent inhumées quelquesunes des plus grandes reines de la civilisation pharaonique, à quelques pas des ruines d'un village jadis peuplé par les ouvriers et les artisans qui ont creusé et décoré les tombes de la Vallée des rois. Je réalisais un rêve d'enfance, au cours d'une retraite de plusieurs mois consacrée à la méditation et à l'écriture, dans le souci de poursuivre le « travail intérieur » que j'avais un peu délaissé ces dernières années au profit d'un trop grand nombre de conférences et de consultations. L'Égypte est une passion, une civilisation qui m'a fasciné dès l'âge de cinq ans, un pays que j'ai appris à connaître à l'occasion de fréquents séjours – une quinzaine en trente ans.
Eloge de l’ennui
Article de Psychologie Magazine - Février 2012
La semaine dernière, lors d'une consultation, une maman épuisée me confiait son « ras-lebol ». Elle n'en pouvait plus de passer son temps à « jouer les chauffeurs » pour conduire ses trois enfants à toute une série d'activités, le soir après les cours ou le mercredi après-midi lorsqu'il n'y a pas école. Judo, leçons de piano et atelier de peinture pour son fils aîné. Cours de danse, natation, initiation à la broderie et tennis pour sa fille. Hockey, violon et théâtre pour son fils cadet. Sans compter les rendez-vous chez le dentiste, les achats de matériel scolaire et, de temps en temps, une séance au cinéma. « Au moins, ils n'ont pas le temps de s'ennuyer », me dit-elle avec fierté. Sans doute, mais est-ce réellement une bonne chose ? Faut-il éviter l'ennui à tout prix ? De plus en plus de voix s'élèvent parmi les psychologues et les pédagogues pour s'insurger contre les « emplois du temps de ministres » que l'on impose aux enfants. Trop occupés à « faire », nos bambins n'ont plus l'occasion d'apprendre à « être ».
Après l’extase, la lessive
Article de Psychologie Magazine - Février 2011
Récemment, une dame bien intentionnée m'a recommandé de lire les ouvrages de Lobsang Rampa car, me dit-elle, ils permettent de découvrir le chemin qui mène à l'éveil. Je lui répondis que ceux-ci avaient enchanté mon adolescence, il y a plus de trente ans. Le troisième oeil, tout d'abord, paru en 1956, qui est encore, de nos jours, un succès de librairie, où l'auteur raconte son enfance dans une lamaserie tibétaine, initié et « éveillé » afin de « voir les gens tels qu'ils sont et non plus comme ils font semblant d'être ». Le Lama médecin, ensuite, où le jeune Lobsang quitte le Tibet pour étudier la médecine en Chine, apprend à piloter des avions, s'engage dans l'armée, est fait prisonnier par les Japonais et finit par s'évader.
Combat stérile
Article de Psychologie Magazine - Janvier 2012
Parmi les nombreux courriels que je reçois sur mon site web, un certain nombre me sont envoyés par des psychanalystes qui m'accusent de faire la promotion des psychothérapies cognitivo-comportementales. Selon eux, ces « thérapies » ne sont, en fait, que des « gadgets » et des « recettes » destinées à faire fonctionner les gens en dépit de leur mal-être. La seule motivation des thérapeutes qui les proposent serait de créer du bonheur à tout prix, sans respecter la liberté des individus. Un jour, une psychanalyste particulièrement courroucée m'a reproché de faire l'apologie de la méditation, n'y voyant qu'un moyen de calmer l'angoisse sans permettre de guérir la souffrance en profondeur. Chaque fois que je reçois ce genre de courrier, je m'étonne car mon travail de thérapeute, d'auteur et de conférencier n'est pas de promouvoir une quelconque approche thérapeutique au détriment d'une autre. Au contraire, j'essaie toujours de comprendre les avantages et les limites de chaque proposition de traitement ou d'accompagnement afin d'établir des ponts entre les différentes alternatives.
Bon courage !
Article de Psychologie Magazine - Janvier 2011
Voici donc arrivé le début d'une nouvelle année. C'est le moment de se souhaiter plein de bonnes choses. Je ne me déroberai pas à la tradition. Je vous souhaite donc une bonne vie, une belle vie. Oui, vous avez bien lu : je ne vous parle pas de bonne santé. Tout simplement parce que je rencontre tous les jours des malades qui, malgré leurs souffrances et leurs difficultés, me disent qu'ils ont une bonne et une belle vie. Je ne vous parle pas non plus d'une heureuse année. Car, le bonheur ne tombe pas du ciel, il dépend souvent de la manière dont nous jugeons les évènements de notre vie. Il dépend surtout de la façon dont nous vivons notre existence. Les anciens Grecs avaient un très joli mot pour parler du bonheur : l'eudaimonia – de eu (qui signifie « bon ») et daimon (à l'époque on croyait que chacun portait en lui une sorte de « génie personnel intérieur », intermédiaire entre les dieux et les mortels, qui inspirait les jugements et les actions).
Souvenir de Chine
Article de Psychologie Magazine - Décembre 2011
Décembre est l'occasion pour moi de me remémorer les bonnes choses vécues aux cours des onze mois qui ont précédé. Des rencontres amicales, des fêtes en famille, quelques bons films, des livres passionnants, de belles journées ensoleillées, une nuit de pleine lune, la caresse du vent lors d'une promenade en montagne, d'heureux hasards, de jolies surprises, des petits voyages, de plus grands déplacements. Lorsque j'y pense, j'éprouve une grande gratitude pour ces cadeaux de la vie. La liste est longue et constituée d'événements trop intimes pour en faire, ici, l'inventaire détaillé. Cependant, j'aimerais vous raconter un de ces événements survenu au cours d'un voyage en Chine, au printemps, à Beijing. C'était le 25 avril, jour de mon anniversaire.
La peur qui fait vendre

Article de Psychologie Magazine Belgique - Décembre 2010
L'hiver approche et, avec lui, une kyrielle de maladies. Le temps est venu de se protéger, nous dit-on. D'autant plus que nous vivons une époque dangereuse. Nos maisons sont envahies par des microbes en tous genres. Il faut donc nous laver les mains, souvent ; éviter les contacts, désinfecter tout ce que nous touchons, purifier l'air que nous respirons, porter un masque. Et, si ces précautions ne suffisent pas, nous pouvons nous faire vacciner ou prendre des antibiotiques, à titre préventif bien sûr.
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Etre des amis
Article de Psychologie Magazine - Novembre 2011
Il est une croyance extrêmement répandue selon laquelle nous sommes condamnés à nous battre et à nous livrer une véritable compétition les uns contre les autres. Cette théorie du struggle for life est née de l'interprétation des travaux de Charles Darwin par le sociologue anglais Herbert Spencer. Darwin s'insurgea contre cette « application brutale du principe de la sélection naturelle au sein des sociétés humaines ». Car l'idée que la vie ne peut se perpétuer qu'à travers un combat ne tient pas la route. Pour s'en convaincre, il suffit d'observer les exemples de coopération chez les abeilles, les termites ou les fourmis. Ou de se rappeler que nos lointains ancêtres des temps préhistoriques étaient bien trop peu nombreux pour se permettre le luxe de s'entretuer ; il leur fallait plutôt s'entraider et collaborer pour survivre. Pourtant les théories du « darwinisme social » de Spencer ont fini par imprégner l'ensemble de la civilisation occidentale, au point d'influencer les meilleurs scientifiques. Ainsi par exemple, dans les années 1930, le physiologiste américain Walter Cannon a affirmé que, face aux situations stressantes, nous n'avons pas d'autre choix que celui de nous battre ou de prendre la fuite. Lorsque l'on m'enseigna cette théorie de la réponse fight or flight, sur les bancs de la faculté de médecine, au début des années 1980, je fus sceptique.
Le paradoxe du travail

Article de Psychologie Magazine Belgique - Novembre 2010
Il est une croyance largement répandue selon laquelle nous serions plus heureux si nous pouvions travailler moins. Comme vous, sans doute, il m'arrive de penser que ma vie serait plus satisfaisante si j'avais davantage de loisirs. Et, pourtant, il semble que cela ne soit pas vrai. C'est ce que révèle une vaste enquête réalisée par le psychologue américain Mihaly Csikzentmihalyi. Car il ne faut pas confondre la satisfaction que nous éprouvons quand nous considérons les événements de notre vie avec recul et le réel contentement que nous ressentons lorsque nous sommes dans le feu de l'action. Pour éviter le biais des interprétations a posteriori, Csikzentmihalyi a demandé à des personnes de porter sur elles un petit boîtier électronique qui les obligeait à quantifier leur niveau de satisfaction et de bien-être, plusieurs fois au cours de la journée, en précisant si elles étaient en train de travailler ou, au contraire, de profiter d'un moment de loisir.
Le choix des mots
Article de Psychologie Magazine - Octobre 2011
Lorsque j'ai commencé à m'intéresser au rôle des affects dans la santé, j'ai été étonné par le choix des adjectifs utilisés pour qualifier nos émotions. En effet, les mots « positif » et « négatif » me paraissaient un peu trop subjectifs pour décrire les phénomènes émotionnels d'une manière objective. Un ami psychologue m'affirma que ces adjectifs décrivaient les conséquences, heureuses ou malheureuses, des différentes émotions. Cette explication ne me convainquit pas. Car les émotions dites positives n'ont pas toujours des effets positifs. Par exemple, des personnes trop enthousiastes peuvent se leurrer et prendre des risques inconsidérés qui mettent leur vie en danger, ou bien certains malades trop confiants minimisent leurs symptômes et ne se soignent pas comme il faudrait. De la même manière, les émotions dites négatives n'ont pas forcément des effets négatifs. Ainsi, la peur provoquée par des événements menaçants permet d'éviter certains dangers, tandis que la colère exprimée de façon non agressive peut se révéler être une formidable force de créativité.
Le bon choix

Article de Psychologie Magazine Belgique - Octobre 2010
Acquérir une voiture, commander un canapé, essayer une paire de chaussures, acheter un vêtement, pour certaines personnes il s'agit d'un exercice difficile. Elles doutent, elles hésitent, elles voudraient être assurées de faire le bon choix, ce qu'elles considèrent être le meilleur choix. Longtemps, j'ai fait partie de ces gens torturés, en quête d'excellence et de perfection. Faire des courses était devenu unvéritable cauchemar. Jusqu'au jour où j'ai décidé de ne plus me poser vingt mille questions et de me satisfaire de mes trouvailles. Mes choix n'étaient plus les meilleurs ; ils étaient simplement bons pour moi et suffisants.
Gratitude

Article de Psychologie Magazine - Septembre 2011
Assis à la terrasse d'un café, je lisais paisiblement mon journal au soleil, lorsque j'ai surpris la conversation d'une mère avec son enfant. Je devrais plutôt dire : la colère d'un enfant à l'égard de sa mère, car le bambin manifestait avec véhémence sa frustration de ne pas avoir obtenu une crème glacée en plus de la mousse au chocolat qu'il venait d'avaler. Furieuse, sa mère lui rétorqua qu'il aurait au moins pu la remercier pour ce bon dessert. « La gratitude est le zèle d'amour par lequel nous nous efforçons de faire du bien à celui qui nous en a fait, en vertu d'un pareil sentiment d'amour envers nous », écrivait, au XVIIe siècle, le philosophe hollandais Baruch Spinoza. La gratitude est le désir de donner du plaisir en retour d'un plaisir reçu. Au XVIIIe siècle, l'économiste écossais Adam Smith la considérait comme « un sentiment essentiel, un gage de paix et de pérennité pour les sociétés humaines ».
Nombrilisme
Article de Psychologie Magazine Belgique - Septembre 2010
Estime de soi, développement personnel, quête du bonheur, travail psychologique, réflexion philosophique, ne serions-nous pas en train de regarder notre nombril d'un peu trop près ? C'est une question que je me pose, en tant qu'homme mais aussi en tant que médecin et psychothérapeute. L'idée n'est pas de nous accuser d'égocentrisme mais plutôt de comprendre pourquoi les questions psychologiques et philosophiques prennent une place croissante dans nos sociétés. Une partie de l'explication me paraît résider dans la manière confortable dont nous vivons. En effet, le confort a un prix. Performance, surenchère, stress et surmenage. Vitesse, déracinement et disparition des repères. Perte de sens, manque d'espoir et dépression. Le mal-être est important. Le besoin de remèdes est criant. Cela signifie-t-il que les préoccupations d'ordre psychologique et philosophique sont l'apanage des sociétés nanties comme la nôtre ?

