Vivre décalé (NC été 2010)

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Vivre décalé

C’est l’été, nous allons enfin pouvoir nous reposer. Le temps est venu de prendre des vacances. Chaque année, des millions de gens répètent ce rituel sans la moindre hésitation. Car la plupart d’entre nous en sommes convaincus : les beaux jours sont faits pour être chômés. Pourtant, d’après les chronobiologistes qui étudient l’évolution des rythmes de notre corps, il semble que nous nous trompons. Pour eux, l’été est la meilleure saison, non pas pour se reposer, mais pour travailler !

Et pour cause : la belle saison nous apporte des fruits et de légumes gorgés de soleil, de la lumière, des vitamines, et tout ce qu’il faut pour stimuler notre organisme. Nous sommes alors en pleine forme, débordant d’énergie pour accomplir les plus lourdes tâches. L’hiver, en revanche, notre alimentation est souvent carencée, nous manquons de lumière, nos défenses immunitaires sont moins performantes, l’activité de nos organes ralentit, notre corps est fragilisé, nous devenons plus sensible aux agents infectieux. Les statistiques le prouvent : le nombre des malades augmentent durant les mois froids et cette augmentation de morbidité est accompagnée d’un accroissement de la mortalité. C’est donc en hiver qu’il faudrait se reposer.

 

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Hommage à Christiane Singer (NC printemps 2010)

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Hommage à Christiane Singer

Le 4 avril 2007, Christiane Singer nous quittait au terme d’un long voyage dont elle laissait quelques derniers fragments dans un murmure apaisé. Trois ans, déjà. Trois années durant lesquelles de nombreuses personnes m’ont confié leur chagrin et leur incompréhension face à ce qu’elles considéraient comme une injustice, un illogisme. Car, s’interrogeaient-elles, comment une femme « aussi évoluée » que Christiane Singer pouvait-elle « avoir attrapé un cancer » ? Comme une personne ayant développé autant de lucidité à propos d’elle-même et des autres avait-elle pu tomber malade ? La question me fut posée à l’issue de presque toutes les conférences que j’ai prononcées depuis le départ de notre amie.

 

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Principe de précaution (NC hiver 2009)

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Principe de précaution

Il y a quelques mois, j’assistai à un débat télévisé sur l’avenir de la médecine. Une médecine qualifiée de « système de santé » par l’un des éminents professeurs présents sur le plateau. Très rapidement, la discussion porta sur la prudence qui, d’après un auteur de science-fiction, était indispensable lorsque l’on introduisait de nouvelles technologies à l’hôpital. Un militant écologiste en profita pour plaider en faveur des précautions à respecter lorsque l’on introduisait de nouvelles substances chimiques dans l’environnement. Un dirigeant de l’industrie pharmaceutique lui rétorqua que les produits chimiques faisaient l’objet de tests prouvant leur innocuité. L’écologiste lui répondit que ces tests ne tenaient pas compte des interactions possibles entre différentes molécules qui, prises séparément, ne sont pas dangereuses pour la santé mais qui, lorsqu’elles agissent en synergie avec d’autres substances, peuvent devenir pathogènes. Un médecin acquiesça de la tête. Un autre leva les yeux au ciel.

 

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Jusqu'au bout de la logique (NC automne 2009)

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Jusqu’au bout de la logique

Hervé a quarante-cinq ans, une femme, deux enfants et un travail qui le passionne ; il est directeur du marketing dans une importante fabrique de confiseries. Malheureusement, Hervé a aussi un héritage familial qui l’a conduit à déclencher un diabète quelques jours avant son quarante-quatrième anniversaire. « Mon médecin est formel, explique t-il. Le fait que mon père et mon grand-père aient été sujets à l’hyperglycémie me prédisposait à cette maladie. La tendance à avoir trop de sucre dans le sang serait donc familiale. Cependant, mon médecin a ajouté que mes mauvaises habitudes alimentaires y étaient aussi pour quelque chose. Je me serais fabriqué mon diabète, conclut-il. »

 

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Bon courage ! (NC été 2009)

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Bon courage !

Ecoutons-nous ce que nous disons ? Cette question peut paraître anodine, futile, voire même stupide. Et pourtant, lorsque l’on prend la peine d’y répondre, on découvre que nous ne sommes pas toujours conscients des intentions contenues dans nos discours. Pour s’en persuader, il suffit de prêter l’oreille aux formules habituellement utilisées pour clôturer les rencontres humaines. « Au revoir », « à bientôt », « good luck » (« bonne chance »), « take care » (« prenez bien soin de vous »), « que tout aille bien », « bonne route »…, et « bon courage » ! L’inventaire est vaste et tellement révélateur de notre manière de penser.

Ainsi, par exemple, « au revoir » ou « à bientôt ». Ces mots expriment le souhait d’une nouvelle rencontre, d’un lien qui se perpétue dans le temps et, peut-être même – si l’intonation avec laquelle ils sont prononcés est en demande – le désir d’instaurer une véritable dépendance dans la relation… « A bientôt, j’espère ! » Cette petite phrase ne traduit pas du tout la même intention qu’une expression comme « take care ». « Prenez bien soin de vous » ne comporte pas le projet d’une nouvelle rencontre. Au contraire, cette formule enjoint à celui qui est quitté d’assumer son chemin tout seul, comme un grand ; et elle laisse entrevoir une certaine confiance dans le fait que l’autre a en lui les ressources nécessaires pour y
parvenir.

 

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Du bon usage des crises (NC printemps 2009)

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Du bon usage des crises…

C’est la crise ! Voilà trente ans que l’on nous rabâche les oreilles avec cette affirmation. On finissait par s’y habituer. Seulement voilà, depuis quelques mois, c’est du sérieux. C’est vraiment la crise ! Et, tous les médias s’accordent pour nous rassurer sur un fait : nous avons raison d’avoir peur. Articles de presse, débats radiophoniques, information télévisée : il y a de quoi être terrorisé. Et pourtant…

Toutes les crises ne sont pas forcément des catastrophes. Il est peut-être temps de s’en rappeler. Car, quelle que soit la situation critique à laquelle nous sommes confrontés, celle-ci est le résultat d’une cascade de causes et d’effets. Chaque crise comporte donc un risque, le danger de ne pas comprendre les causes qui nous ont plongés dans le chaos et, du coup, la menace de nous y enfoncer davantage. En même temps, chacune de nos crises est une occasion inespérée d’identifier les raisons de son apparition. On peut donc considérer que chacune de nos crises constitue une opportunité de changer certaines causes afin d’obtenir d’autres effets. Ainsi, chacune de nos crises peut devenir une chance. A condition de bien vouloir envisager l’aspect positif du chaos – passage nécessaire à la naissance d’un nouvel équilibre.

 

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